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A ceux qui se demandent : "pourquoi une interview du rédacteur en chef de Joystick alors qu´il s´agit d´un magazine exclusivement PC ?", je repondrai : "il fallait être là en 1990 !". En effet, Joystick, avant de devenir l´institution que l´on connait desormais, et avant la naissance de son petit frere dedié aux consoles (Joypad), s´interessait de près à ces machines. N´ayant cependant pas l´ancienneté d´un Tilt, le magazine n´a pas vu l´arrivée des machines 8 bits. Toutefois, Joystick a pu suivre leurs vies et leurs disparitions, et Moulinex, son actuel redacteur en chef, va nous eclairer de son point de vue et de son expérience sur les machines 8 bits, son magazine à cette époque et l´émulation de nos jours. |
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Tohtori Paha. Lors de l´arrivée de la NES en France, si mes souvenirs sont bons, cela n´a pas été le raz de marrée escompté malgré une publicité ciblant le grand public. Cependant son succès fut énorme au Japon et aux USA. Plusieurs raisons sont invocables : certains opteraient pour une simple faiblesse de la campagne de lancement et de la politique de l´importateur (trop peu de jeux, trop anciens), d´autres d´un retard des habitudes ou une rétissence culturelle dans notre vieille Europe. Comment as-tu vécu à titre personnel et professionnel la sortie de cette machine, et ensuite comment expliquerais-tu cet accueil frileux de la part des Francais ?
Moulinex. Très clairement, il n'y a pas eu de volonté de lancer sérieusement cette (ces) machine (s) en France. Depuis, les consoles ont montrés qu'elles pouvaient rapporter plein d'argent mais à l'époque, personne ne prenait vraiment ça au sérieux d'un point de vue économique. Et puis il n'est pas très facile de travailler avec le Japon pour un occidental. De toute façon, il est amusant de noter que les consoles et jeux vidéo ont toujours été vendu dans des réseaux différents que ceux des jouets (par exemple, on ne trouve pas de jeux vidéo au Salon du Jouet). A part quelques essais chez Matel avec les toutes premières consoles, les fabriquants de jouets sont passés complétement à côté du jeu vidéo. J'avoue qu'a titre personnel, j'ai vu arriver ces machines sans trop m'y intéresser. Pour ma décharge, il faut reconnaitre que l'écart entre consoles et micros était vraiment énorme à l'époque.
Tohtori Paha. Les CPC 6128, Amiga et ST à la fin des annees 80 étaient bien implantés en France, mais dans un public d´amateurs d´informatique. S´attendait-on à ce que ce soit la NES qui fasse s´intéresser aux jeux vidéos d´autres personnes que, pour exagérer un peu, le "nerf" de base ?
Moulinex. Non, ça à été une surprise. Quand un joueur micro "passait à la console", on vivait ça comme une trahison. Les familles étaient très différenciées au début; les possesseurs de micro voulaient programmer, faire de la musique, dessiner et aussi jouer. Ceux qui avaient une console avaient déjà décidé qu'ils se concentreraient sur le jeu. Historiquement, même si tout à commencé par de gros ordinateurs, on est devenu nerds avec Pong sur la télé ou Pac Man au café. Du coup, pour nous, le micro était une amélioration de la console, donc un truc mieux. Naturellement, je parle du passé, hein, maintenant, je pense que les deux genres ont leurs places et leurs spécificités.
Tohtori Paha. The legend of Zelda a été pour beaucoup, y compris pour moi, une claque dans la figure, c´est d´ailleurs après sa sortie, et celles d´autres titres cultes comme Metroid ou Castlevania, que la Nintendo a véritablement commencée à décoller. Est-ce alors que les programmeurs européens ont réalisé qu´il fallait un peu se remettre en question et repenser le jeu vidéo qui, à l´époque et à quelques exceptions près, était bien ancré dans des schémas de gameplay trop rigides, voire dépassés ?
Moulinex. Non, je ne pense pas que les développeurs français aient vraiment suivit le démarrage. Eux aussi, puisque les jeux consoles étaient développés sur micro, étaient imprègnés de l'état d'esprit "micro" et n'ont pas senti tout de suite qu'une "deuxième voie" s'ouvraient. A l'époque, ceux qui allaient devenir développeurs sur console étaient encore des joueurs ou des fanas de Cat's Eyes. Pour en revenir à des considérations moins nobles, il faut aussi se rappeler qu'à cette période, c'est encore sur ordinateur qu'on devenait très riche très vite.
Tohtori Paha. Il semble que la Master System, avec de nombreux avantages par rapport à la NES comme son avance technique, la sorties des jeux quasi simultanés avec les autres continents et la conversion de hits d´arcade de Sega, n´a à aucun moment réussi à inquiéter sa rivale au plombier spaghettophyle. Cela vient-il des faiblesses de sa ludothèque ou plutôt d´une défaillance dans la stratégie commerciale et publicitaire de l´importateur ?
Moulinex. Même remarque qu'avant, il n'y avait ni structure assez forte, ni volonté forte de lancer cette machine.
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